Le jour où notre client n’a plus besoin de nous

Savoir commencer un accompagnement fait partie de notre métier. Nous apprenons à accueillir une personne et à construire un parcours cohérent avec sa demande. Nous sommes capables d’ajuster notre pratique en tenant compte de ce que notre bénéficiaire traverse.

Mais nous parlons moins fréquemment de la manière dont un accompagnement se termine. Pourtant, cette étape est importante parce qu’elle vient clore un cheminement qui s’est construit au fil des séances et dans lequel une relation s’est installée. Elle nous demande d’adapter cette fin selon la nature de l’accompagnement qui a été mené.

Accompagnement pédagogique et thérapie, des repères différents

Dans un accompagnement à visée pédagogique, tel qu’il peut être proposé en sophrologie, en relaxation ou dans d’autres pratiques de soutien et d’aide, nous travaillons à partir d’un objectif défini avec la personne. Cet objectif est suffisamment précis pour que nous puissions déterminer des indicateurs qui nous feront dire qu’il est atteint.

Quels changements observables nous indiqueront que cette personne a acquis les ressources dont elle avait besoin ?

Ces indicateurs donnent une direction au parcours pédagogique et ils offrent aussi quelque chose au moment de le terminer. Lorsque la personne constate qu’elle dort à nouveau correctement, qu’elle peut prendre la parole sans être submergée par son anxiété, qu’elle traverse certaines situations avec davantage d’autonomie ou qu’elle dispose désormais de pratiques qu’elle sait utiliser seule, nous pouvons revenir ensemble vers ce qui avait été posé au départ.

La fin de l’accompagnement n’est alors ni arbitraire ni uniquement fondée sur une impression. Elle s’inscrit dans la logique même du parcours construit avec la personne.

La démarche thérapeutique répond à une autre temporalité parce qu’elle peut faire apparaître des éléments qui n’étaient pas accessibles au début, déplaçant potentiellement la demande initiale. La fin d’une thérapie ne se laisse donc pas toujours apprécier à partir d’indicateurs aussi clairement définis.

Cette distinction est importante car un accompagnement pédagogique n’est pas prévu pour durer indéfiniment. A un moment, elle doit s’arrêter parce que l’objectif a été atteint.

La fin commence bien avant la dernière séance

Lorsque l’accompagnement a duré quelque temps, la personne a pris l’habitude de venir régulièrement aux rendez-vous. Elle sait qu’un temps lui est réservé chaque semaine ou tous les quinze jours. Ce rythme s’est installé dans son quotidien. C’est pourquoi une fin d’accompagnement se prépare progressivement, pour éviter une rupture qui pourrait être vécue brutalement par le bénéficiaire.

Il est alors intéressant d’espacer les séances pour contribuer à l’autonomisation de la personne. Un rendez-vous prévu toutes les deux semaines peut être programmé toutes les trois semaines, par exemple. Entre deux rendez-vous qui s’éloignent, la personne expérimente sa capacité à mobiliser seule ce qu’elle a appris et peut constater par elle-même les repères qu’elle a acquis.

La fin d’accompagnement devient ainsi une continuité naturelle de ce qui a été construit jusque-là.

Quand la personne sait elle-même que c’est terminé

Il arrive aussi que le bénéficiaire devance le professionnel. Le sujet pour lequel il est venu est devenu plus simple à aborder et il reconnaît ce qui a changé dans son comportement, sa manière de penser ou sa façon de vivre ses émotions. Il peut alors exprimer très simplement qu’il sent ne plus avoir besoin de poursuivre.

Ce moment mérite d’être accueilli pour ce qu’il représente. Dans un accompagnement pédagogique, l’autonomie de la personne fait partie de ce que nous cherchons à favoriser. Lorsqu’elle devient capable d’évaluer elle-même son évolution et de reconnaître qu’elle possède désormais les ressources nécessaires pour continuer sans nous, sa décision ne vient pas interrompre l’accompagnement. Elle vient confirmer que celui-ci arrive à son terme.

Et savoir reconnaître ce moment fait partie de notre travail.

Et du côté du praticien ?

La fin d’un accompagnement concerne deux personnes. Au fil des rencontres, nous avons découvert quelqu’un. Nous avons vu apparaître des changements que nous espérions avec lui. Une relation professionnelle s’est construite et, lorsque l’accompagnement a été long, cette personne a également pris une place dans notre quotidien de praticien. La voir partir peut donc nous faire quelque chose.

Nous pouvons éprouver de la satisfaction, bien sûr, mais aussi un peu de tristesse, de l’attachement, le sentiment de perdre une relation que nous appréciions. Nous pouvons regretter ces rendez-vous réguliers ou cette histoire que nous ne suivrons plus.

Il existe également une réalité beaucoup plus prosaïque. Dans une activité libérale, une fin d’accompagnement libère une place dans l’agenda et représente la disparition d’un revenu régulier. Faire comme si cette dimension n’existait pas ne nous rendrait pas plus vertueux. En avoir conscience nous permet au contraire de veiller à ce qu’elle n’intervienne pas dans nos décisions professionnelles.

Lorsque l’objectif initial est atteint et que les indicateurs montrent une évolution satisfaisante, nous pourrions être tentés de travailler sur un autre sujet. Puis un autre. Il y aura presque toujours quelque chose à travailler chez un être humain. Si nous attendons qu’une personne n’ait plus aucune difficulté pour terminer son accompagnement, nous risquons de ne jamais la laisser partir.

Fixer un nouvel objectif peut évidemment avoir du sens lorsque celui-ci correspond à une demande réelle de la personne. Il devient plus discutable lorsque nous cherchons nous-mêmes une nouvelle raison de poursuivre. La posture professionnelle consiste aussi à savoir faire cette différence.

Se séparer fait partie de l’accompagnement

Nous associons volontiers la qualité d’un accompagnement à ce qui se passe pendant les séances, mais elle se mesure aussi à notre capacité à ne plus être nécessaire. Nous avons accompagné quelqu’un pendant une partie de son chemin. Puis arrive un moment où nos routes se séparent. Savoir reconnaître ce moment, l’accepter et laisser l’autre poursuivre sans nous appartient pleinement à notre métier.

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