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La sophrologie a-t-elle trop cherché à faire disparaître les symptômes ?

La sophrologie est aujourd’hui souvent présentée à travers les difficultés auxquelles elle pourrait apporter une réponse. Stress, troubles du sommeil, anxiété ou douleur deviennent autant de portes d’entrée vers une pratique dont on attend un soulagement rapide. Cette présentation a le mérite d’être immédiatement compréhensible.

Mais à force de vouloir répondre aux symptômes, ne risquons-nous pas de réduire considérablement la portée de la sophrologie ?

Les personnes qui viennent nous rencontrer souffrent souvent depuis longtemps et elles souhaitent naturellement aller mieux, et nous devons entendre cette attente. Mais derrière un symptôme, c’est une personne à part entière que nous rencontrons, avec sa manière singulière de vivre son corps et de se situer dans son existence.

Le symptôme comme point de départ

Prenons l’exemple d’une personne qui vient nous voir pour être accompagnée parce qu’elle vit difficilement son asthme. Une approche centrée uniquement sur le symptôme conduirait à privilégier la fonction respiratoire et les exercices qui peuvent l’aider à mieux vivre sa respiration, dans le respect de son suivi médical et de ses capacités.

Mais que savons-nous exactement de sa relation à son corps ? De la place que prend la peur de manquer d’air dans son quotidien ? De ses pensées lorsqu’elle anticipe une situation difficile, ou des choix qu’elle s’autorise encore à faire ? L’accompagnement sophrologique peut ouvrir un espace où la personne découvre comment elle vit avec ce qui lui arrive, et comment elle peut retrouver de la liberté dans son existence.

Dans ma pratique de Sophrologue, j’ai rencontré des personnes dont les manifestations asthmatiques se sont considérablement atténuées, même jusqu’à disparaître, alors qu’elles revoyaient leur rapport à elles-mêmes. Leur parcours les amenait aussi à faire évoluer certaines de leurs relations ainsi que leur manière de réagir sur le plan psycho-émotionnel. Ces observations de parcours individuels m’ont permis de comprendre que l’asthme n’a pas exclusivement une origine physiologique, mais qu’il peut aussi être relié aux émotions et à notre manière d’être dans la vie. Il serait donc très réducteur de ne s’intéresser qu’à la respiration.

Une pédagogie de l’être

Pour moi, la sophrologie est une pédagogie de l’être, une manière d’apprendre l’art d’exister. Sa finalité dépasse la recherche d’une disparition immédiate des manifestations inconfortables. Elle invite chacun à développer des connaissances et des savoir-faire qui lui permettront de mieux cohabiter avec sa propre vie.

J’aime représenter les dimensions de l’être humain sous la forme d’une balance. Son socle figure l’âme, entendue ici au sens sophrologique comme ce qui nous anime et nous porte dans l’existence. Le plateau représente la conscience, avec le corps d’un côté et l’esprit de l’autre. Lorsque l’équilibre se modifie, nous pouvons en percevoir les effets dans notre manière de vivre corporellement ou psychiquement certaines situations.

La conscience joue un rôle essentiel. Elle nous aide à dévoiler ce que nous ne connaissions pas encore de nous-mêmes. Elle permet de mieux percevoir nos habitudes et reconnaître ce qui nous éloigne de ce qui nous fait plaisir de vivre. Cette balance n’a est évidemment pas figée parce que l’existence nous transforme. La sophrologie nous permet d’apprendre à retrouver une harmonie dans toutes nos dimensions, y compris celle qui nous relie à l’existence.

Apprendre plutôt que traiter

Cette conception suppose de distinguer la démarche pédagogique de la démarche thérapeutique. Le traitement d’une maladie relève des professionnels de santé compétents, dont l’intervention vise notamment à diagnostiquer et à traiter les troubles rencontrés. Le sophrologue, dans un cadre pédagogique, accompagne la personne dans l’acquisition de capacités qu’elle pourra ensuite utiliser pour elle-même. Les deux démarches peuvent se compléter, mais elles n’ont pas la même intention.

Une personne peut venir pour mieux dormir et découvrir, au cours du parcours, ses difficultés à se reposer parce qu’elle vit une forme d’hyperactivité dont elle a du mal à se séparer. Elle pourrait même prendre conscience des exigences qu’elle s’impose à elle-même. Les pratiques proposées vont alors devenir des expériences nouvelles à partir desquelles elle apprend à mieux se connaître et à agir autrement dans son quotidien.

Dans un accompagnement sophrologique, nous n’ignorons pas le symptôme, qui représente une forme de béquille dont la personne a besoin dans ce moment de son existence. Mais nous l’aidons à retrouver une cohérence plus existentielle pour qu’elle se sente mieux dans sa vie. J’ai toujours eu horreur de considérer un individu comme un symptôme ambulant !

Ce que notre manière de présenter la sophrologie change

Une question que l’on peut se poser, c’est pourquoi tant de discours professionnels s’organisent autour de la gestion des symptômes. Est-ce parce que les personnes attendent un résultat rapide ? Est-ce parce qu’il est plus facile de communiquer sur une difficulté identifiable que sur un apprentissage existentiel ? Certains enseignements d’ailleurs, privilégient eux-mêmes les « protocoles » destinés à répondre à une problématique précise.

Si nous présentons la sophrologie comme une succession de techniques associées à des troubles, nous risquons de former des professionnels qui cherchent d’abord le bon exercice pour le bon symptôme. Or, une pédagogie de l’être nous invite d’abord à rencontrer la personne pour définir avec elle un objectif positif, et élaborer un programme d’accompagnement qui permettra de choisir les pratiques les plus adaptées à lui transmettre.

Je pense qu’il nous appartient aussi d’expliquer au public ce qu’il peut attendre de notre accompagnement. Même si des soulagements peuvent arriver rapidement, la valeur de la pratique ne se mesure pas seulement à la rapidité avec laquelle un symptôme s’efface. Ce qui est aussi important, c’est qu’une personne puisse retrouver une relation plus consciente avec elle-même, lui offrant ainsi de nouvelles possibilités d’action.

Redonner toute sa place à la sophrologie

Si nous restons uniquement centrés sur la volonté de rendre la sophrologie immédiatement utile, nous allons oublier ce qui en fait sa profondeur. Son approche phénoménologique nous invite à accueillir l’expérience telle qu’elle se vit, avant de la réduire à une catégorie. Sa dimension existentielle ouvre des perspectives sur la manière dont chacun choisit de vivre sa vie. Sa dimension relationnelle nous rappelle qu’un individu se construit aussi dans le monde et à travers les liens qu’il entretient avec les autres.

Accompagner un bénéficiaire, c’est lui permettre de mettre de la conscience sur ce qu’il vit, tout en lui ouvrant des possibilités sur des manières plus harmonieuses d’exister.

Une autre manière de se former à la sophrologie

C’est cette conception de la sophrologie, envisagée comme une pédagogie de l’être et un apprentissage de l’art d’exister, qui anime notre nouvelle formation de Sophrologue au Centre Évolution.
Au-delà de l’apprentissage des techniques, nous accordons une place essentielle à leur intégration personnelle, à la compréhension des différentes dimensions de l’être humain et au développement d’une posture professionnelle qui respecte la singularité de chaque personne accompagnée.



Découvrez notre nouvelle formation de Sophrologue et l’approche pédagogique qui la fonde.

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